Le levain du lâcher-prise

Bonjour à tous je vous souhaite la bienvenue à cette cinquième chronique de mon Blog Résilience. Cette fois-ci je vous accompagne pour un autre voyage au cœur de mon parcours ainsi que de la vie. Étant un individu en quête d’enseignements, j’aime bien me tourner vers la vie en général pour apprendre, observer et du fait même, mieux me connaitre. De cette façon, cela me permet de continuer à évoluer jour après jour à travers la maladie ainsi que les défis que cela peut apporter. Pourquoi je vous parle de vie en général? Depuis que j’ai traversé les épreuves fin 2019 et début 2020, je réalise que la nature, la vie ainsi que tout ce qui nous entoure est source constante de petits miracles que nous avons tendance à prendre pour acquis. Vous n’avez qu’à simplement observer ce que la nature est capable de faire après un hiver rigoureux pour vous rendre compte que la vie... c’est fort. Prendre le temps de regarder les fleurs, un coucher de soleil, la mer, les étoiles, etc., est suffisant pour me faire prendre conscience de la richesse qui nous entoure. Aucun artiste ne peut recréer parfaitement ce que mère nature nous offre jour après jour. Au cours de cette chronique, j’approfondirai ma vision du lâcher prise mais également celle de la Résilience. Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse en la matière mais plutôt un ensemble de réponses accumulées à travers mon humble expérience. C’est donc à travers mon parcours ainsi que mon ressenti que je vous propose mon point de vue ainsi que mon évolution au cours des derniers mois. Je vous souhaite donc bonne lecture.à tous, je vous souhaite la bienvenue à cette quatrième chronique de mon blog Résilience. Nous évoluons dans une société où la religion, la spiritualité ainsi que la science cohabite tant bien que mal. Tant de gens, tant de façon de voir la vie et tant de conflits. Si je peux me permettre une réflexion : il n’est pas rare de voir une personne qui traverse une épreuve importante se tourner vers la méditation, la spiritualité ou la religion afin de trouver un sens à ce qu’elle traverse. C’est parfois le cas pour calmer la souffrance, tantôt pour aider à limiter l’anxiété et/ou tenter de trouver des réponses ou des explications. Beaucoup d’entre nous regardons la vie avec attention à la recherche de signes qui nous confirmeraient que nous sommes sur la bonne voie. J’ai passé une grande partie de ma vie à ne croire qu’à la science et tout le reste n’était que charlatanisme, jusqu’à ce que je vive une expérience qui décoiffe! Alors sans plus tarder, je vous invite dans un voyage au cœur de la transformation et disons-le franchement, des signes que la vie peut nous apporter. Je vous souhaite un agréable moment. Bonne lecture!

Miche surprise sur levain liquide - création maison
Miche surprise sur levain liquide - création maison

De la résilience et une pandémie

Depuis le printemps 2020 il est difficile de parler de Résilience sans parler de pandémie. Que l’on soit pour ou contre la pandémie, les mesures sanitaires, le confinement ou autres, ça ne laisse personne indifférent. Cette crise sanitaire a bousculé nos modes de vies, notre vision de la vie en général et a aussi eu l’effet brutal de mettre en lumière que dans la vie, rien, mais rien n’est acquis… J’ai cependant appris et goûté à cette dure réalité bien avant la pandémie. La maladie m’a garoché un seau d’eau froide au visage et m’a fait réaliser à quel point j’avais tendance à tenir, sans même m’en rendre compte, la vie pour acquise.

Pour vous l’avoir mentionné au cours de la deuxième chronique, lorsque la maladie vous retire des privilèges aussi simples que de boire, manger, prendre une douche, uriner, etc… ça remet beaucoup de choses en perspective…


L'inconnu..

Je me suis rendu compte que j’ai souvent eu tendance à éviter le plus possible de me sortir de ma zone confort. Car sortir de sa zone de confort implique souvent de se retrouver face à l’inconnu, à l’imprévisible et oui ça fait peur. On avance dans la vie, on ne recule pas. Ce qui veut dire que l’avenir n’est pas joué d’avance et que ça demande de l’adaptation.

Le plus fascinant dans tout cela c’est que ma vie est un parcours constant de situation d’inconfort. Du plus loin que je me souvienne, la vie m’a poussé à m’adapter, improviser et me repositionner afin de continuer à avancer. Mon parcours professionnel et scolaire en fait foi. Pour beaucoup de gens, autant de changement peut représenter de l’instabilité… Au contraire, j’ai modifié mon parcours de vie plus souvent qu’autrement afin de m’adapter aux nouvelles réalités face auxquelles je me retrouvais.

D’ailleurs quand on y pense quelques instants, l’inconnu… ça fait partie de la vie. Nous essayons de prévoir, de s’imaginer, d’anticiper ce qui va ou ce qui pourrait arriver, mais au fond il est impossible de prévenir l’imprévisible et la vie, c’est imprévisible.

Bien évidemment, malgré cela, rien ne nous empêche de planifier. Il est souvent important d’avoir une route, un guide, qui nous permet d’avancer vers un but fixe. Cependant peut-on être sûr à 100% que ça va se passer de la sorte? Si tel est le cas, expliquez-moi comment personne n’a pu anticiper la crise du papier de toilette en début de pandémie?

Je l’ai expérimenté au niveau professionnel et personnel plus d’une fois. Un diagnostic de maladie, ça vous change une planification! Juste à vous faire une entorse à une cheville est assez pour réaliser que ça ne prend pas grand-chose pour déstabiliser votre routine et vos capacités. D’ailleurs, pour avoir travaillé à titre de paramédic, je peux vous assurer d’une chose : il n’y a rien de plus imprévisible qu’un être humain en situation de crise…


Anxiété, pandémie et diagnostic

Après un long détour, je vous ramène en mars 2020. Oui le fameux mois de mars où l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a qualifié la situation de la Covid-19 comme pandémique. D’un coup sec, BOOM! Comme une claque en pleine face de tous et chacun, le monde venait tout à coup de s’arrêter! Pas le monde dans le sens des gens, non, le monde entier… Confinement, interdiction de voyager, couvre-feu, déplacements limités, fermetures de commerces et d’entreprises… tout à coup, tout devenait risqué et dangereux. Aller à l’épicerie, sortir à l’extérieur, rencontrer des gens, c’est comme si chaque personne représentait un risque, ce qui fait que les gens sont soudainement devenus méfiants.

Pour plusieurs personnes, l’arrivée de cette crise est venue avec une bonne dose d’anxiété! Cette anxiété, pour beaucoup de gens, était un nouveau concept pas très chouette à découvrir. Que va-t-il arriver, est-ce que ça va être long, va-t-on en mourir, est-ce que la vie reviendra comme avant, est-ce, est-ce que, est-ce que? Tant de questions, mais sans aucune réponse (en passant, c’est ça l’inconnu…) Juste pour vous ramener mon histoire dans le contexte, lorsqu’on se fait annoncer une maladie grave, un cancer, ou autre trouble de santé majeur, c’est exactement ce qu’on vit… de l’inconnu! D’ailleurs la Résilience c’est en bonne partie, selon moi, apprendre et accepter de naviguer dans l’inconnu.


Un spécialiste et la certitude dans l'incertitude

Après avoir traversé les diverses aventures qui ont culminées en 2020, tel que mentionné lors de la troisième chronique, j’ai finalement obtenu mon congé de l’hôpital. Ce congé survenait après avoir reçu un autre choc électrique (quatrième) au cœur (cardioversion électrique) soit en février 2020. Cet événement est survenu une semaine pile suivant une intervention chirurgicale au niveau du cœur, justement pour corriger ce problème qui, j’espérais, ne survienne plus jamais… Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer la crainte que cela peut engendrer? Tu viens de te faire opérer afin de calmer l’arythmie en question et donner enfin du répit à ton cœur et la même arythmie pour laquelle tu viens de te faire opérer ressurgit une semaine après! Mettons que ce n’est rien pour aider l’anxiété que j’ai développé à la suite de mon séjour aux soins intensifs coronariens.

En passant, petite anecdote : la veille de cet événement, j’avais un rendez-vous de suivi avec le spécialiste qui a procédé à l’intervention pour mon cœur. Ce suivi était déjà planifié afin de faire un contrôle de routine. Je n’ai pas besoin de vous dire que j’étais un brin anxieux. Car malgré l’opération mon cœur continuait de battre irrégulièrement et il me rappelait, à chaque battement, tout ce que j’avais traversé au cours des dernières semaines.

Bref, je fais part de mes inquiétudes à mon spécialiste et il me répond :

  • M. Sévigny, l’opération s’est très bien passée et c’est normal que votre cœur agisse de la sorte. C’est fréquent, du moins le temps qu’il récupère. Ça peut parfois prendre jusqu’à trois mois avant que la situation revienne à la normale. Je suis ZÉRO inquiet pour vous…

Quand je vous disais, en début de chronique, que c’est bien beau anticiper, planifier, etc… Malgré la confiance dégagée par mon spécialiste, ça n’a pas empêché mon cœur de m’envoyer à l’urgence, le lendemain après-midi… Mettons que ça surprends et ça n'aide en rien la peur de mourir que j’avais encore de collé bien au cul! Pendant qu’on y est, qu’est-ce qui me fait peur dans le concept de la mort? Ça m’a pris beaucoup de temps et de réflexion avant d’arriver avec un semblant de réponse. Au fond, c’est l’inconnu et j’y ajouterais que c’est la possibilité de souffrir avant de mourir qui me fait peur. J’en ai probablement trop vu dans ma carrière de paramédic et aussi dans mon entourage. Chose certaine, une personne qui vient de se faire tirer à bout portant et qui est sur le point de livrer son dernier souffle, ça ne ressemble pas à ce qu’on voit dans les films! Vous savez genre : Aaaaah (avec une voix souffrante mais calme), tu diras à ma femme que je l’aime... puis, les yeux de la personne se ferment doucement et tout se fait dans un calme serein avec une petite musique de fond… Dans la vraie vie, ce que j’ai pu constater, ça ressemble plus à de la grosse panique du genre en hurlant : j’vais CREVER... AAAAAH!


Lorsqu'on tombe, on doit se relever

Vous souvenez-vous, je vous ai également parlé, lors de cette même chronique que durant mon séjour aux soins intensifs, j’avais réalisé à quel point je voulais vivre? Ben j’peux vous confirmer que de vouloir vivre malgré ce qui arrive s’t’une chose, mais ça n’enlève pas les peurs et ça ne change pas la situation du jour au lendemain et ça ne fait pas disparaitre la maladie par magie! Ça prend une bonne dose de patience, du temps, de la volonté, du lâcher prise et… de la Résilience!

Bref, j’ai passé les jours suivant mon retour à domicile, assis dans mon divan, psychologiquement quasi-paralysé. J’étais incapable d’être fonctionnel. Écouter la télévision, la radio, lire un livre, me ramenait constamment à la peur de mourir. Pourquoi me direz-vous? Parce que dans chaque source de divertissement, la maladie, la mort ou la souffrance prend éventuellement de la place. Donc de visualiser cette souffrance (même si je sais très bien que c’est du jeu), me reconnectait beaucoup trop intensément aux récents événements.

Je dormais même dans le divan car j’étais rendu que je craignais de dormir sur le dos par peur de déclencher d’autres arythmies! Vous savez, la peur d’avoir peur qui fait peur? La fameuse peur… Juste vous décrire ce que j’ai traversé me fait réaliser à quel point je me suis retrouvé en choc post-traumatique. C’est un syndrome que l’on a tendance à attribuer aux gens œuvrant dans le domaine de l’urgence ou militaire, mais je vous assure que ça s’applique à tout le monde qui traverse des épreuves traumatisantes importantes.


Maladie et pandémie qui mène vers la résilience

Voilà, nous voici officiellement rendu en mars 2020! Je suis rendu que je pèse 118 lbs (53 kg), dû à la perte de poids en raison des nombreuses hospitalisations (c’est environ une quarantaine de livres de moins que mon poids initial). Car, lorsque vous vous retrouvez hospitalisé et/ou alité pendant une période importante et inactif, la perte de masse s’enclenche plutôt rapidement et dans mon cas, ce n’était pas une bonne nouvelle. J’ai mal au dos sans bon sens en raison des trois fractures vertébrales (causé par les chocs électriques en combinaison avec l’ostéoporose).

Je mesure donc, attachez-vous bien, un pouce et demi de moins, oui oui, vous avez bien compris, j’ai rapetissé… Ça vous donne une idée de la gravité des fractures vertébrales que j’ai subi. De plus, comme j’ai reçu deux greffes de reins, je dois prendre des anti-rejets (des immunosuppresseurs dans le jargon médical) afin d’affaiblir volontairement mon système immunitaire. De plus, comme j’ai dû recevoir un traitement agressif d’immunosuppression en 2011, lors de l’épisode du rejet sévère de ma première greffe, mon système immunitaire est encore plus vulnérable! Ce qui me place dans la case des gens hautement à risque en pleine pandémie.

Alors lorsque l’OMS a officialisé la pandémie, la panique m’a pogné toi chose! Là j’ai paralysé pour de vrai... Mon cerveau s’est mis à accélérer et faire des scénarios plus catastrophiques les uns que les autres. Que va-t’il m’arriver? Et si je retombe malade et si je dois me rendre à l’hôpital et si mes spécialistes se retrouvent malades, et si le système de santé s’effondre… et si et si? Ma tête virait tellement vite que je pensais que le crâne était pour me prendre en feu! À ce moment-là, la Résilience était un concept très effacé dans mon crâne hyper-stimulé! Il est facile d'en quand les événements sont passés et que la vie a repris son cours normal… mais la Résilience, c’est lorsqu’on a les deux pieds bien dans la merde que c’est le moment de l’appliquer et qu'elle prend tout son sens.

Afin de diminuer le plus possible les risques de contact, pu d’épicerie, de commerces, de restaurants, pu de contact, etc. Étant célibataire et sans enfant et étant sévèrement à risque, la pandémie venait d’me compliquer l’existence pas rien qu’à peu près! Comment réussir à m’alimenter et fonctionner au quotidien dans cette réalité? Moi qui étais habitué d’aller à l’épicerie quasiment chaque jour et qui ne cuisinait pratiquement pas par manque d’énergie, d’appétit et autres, ouf...


S'adapter, accepter et avancer

J’ai fait ce que je pensais faire de mieux, c’est-à-dire, m’adapter. Je vous confirme cependant que ça ne s’est pas fait en claquant des doigts ni sans efforts! Depuis quelques temps d’ailleurs, j’avais recours à un service alimentaire du genre popote roulante afin de recevoir au moins un repas chaud par jour. Cependant, après quelques semaines, ce service n’était plus adéquat pour ma condition. Trop de trouble gastro-intestinaux (en lien avec ma condition complexe), repas pas très adaptés à ma situation et c’était malgré tout dispendieux. Et tant qu’à être isolé complètement seul chez moi, pourquoi ne pas en profiter pour retenter ma chance dans ma cuisine! Aaaah ben non… je ne peux pas, je ne suis pas capable, j’ai pas la force, j’ai pas la capacité, j’ai pas l’équipement ni la place... Là, ce que je viens de vous énumérer, c’est ce que mon cerveau me chantait comme raison pour ne pas recommencer à cuisiner! C’est ce qu’on appelle : se mettre soi-même des bâtons dans les roues et se monter des barrières.

Savez-vous quoi? J’ai décidé de passer par-dessus mon hamster cérébral, l’anxiété, les peurs et je me suis remis à cuisiner et à faire vibrer mon côté artistique. Lors de la troisième chronique, je vous ai mentionné avoir appris une chanson au piano avec un de mes oncles. Ce que je ne vous ai pas mentionné, c’est que pendant une de nos rencontres virtuelles, faire du pain maison est venu sur le sujet.

Vous n’êtes surement pas sans l’ignorer, la pandémie a poussé bien des gens à faire du pain maison et c’était justement son cas. Lorsqu’il m’en a parlé, ça m’a donné le goût d’en faire du pareil. C’est d’ailleurs à ce moment que m’est revenu en mémoire le fait que j’avais déjà fait du pain, il y a de ça bien des années, mais que j’avais tout arrêté pour diverses raisons: je n’avais plus l’espace, plus l’équipement, je n’avais plus le temps, je n’avais plus le goût ni les ingrédients, etc…

Pourquoi je vous en fais mention? Tout d’abord parce qu’il est facile de se décourager et de se cacher derrière des excuses bidon et que je veux vous éviter de faire comme moi. N’attendez pas la situation parfaite pour vous remettre à une passion ou une activité, car il se peut fort bien que cette situation ne se représente jamais et vous passerez à côté de quelque chose de bien important et qui pourrait vous faire beaucoup plus de bien que vous ne pouvez l’imaginer.


On commence par le pain!

J’ai donc demandé à mon entourage de me trouver de la levure ainsi que de la farine puisque je n’allais plus du tout à l’épicerie. Mission quasi impossible, car en début de pandémie, comme les gens étaient en confinement, il y a eu un engouement démesuré pour le pain maison (tout comme le papier de toilette d’ailleurs ah ah! Mais aucun rapport avec le pain).

Pour faire du pain, malgré le fait que ça ne prend pas une tonne d’ingrédients, vous avez tout de même besoin d’un minimum. Ça prend de la farine, de l’eau, du sel ainsi qu’un agent qui va permettre de créer le réseau de gluten et faire pousser le pain (gonfler, grandir, appelez ça comme vous voulez…) c’est-à-dire de la levure ou du levain. Vous vous souvenez le titre de l’épisode? Le levain du lâcher prise? J’y arrive, patience!

Bref après que mon entourage puisse être en mesure de me trouver une farine décente ainsi que de la levure chimique instantanée, j’étais fin prêt pour mes expériences! Mais il était hors de question que je fasse comme tout le monde, c’est-à-dire : du pain sans pétrissage… J’avais une soif d’apprendre et surtout de comprendre comment ça fonctionne! Et comme j’ai tendance à vouloir toujours compliquer les choses… Je voulais faire ce que les boulangers font… Pétrir, peser les ingrédients, jouer avec la température des ingrédients, etc... J’voulais apprendre et ça a permis de raviver une passion pour la panification qui, à bien y penser, date de mon époque d’employé chez Subway.

Après plusieurs heures de visionnement YouTube, internet et autres ainsi qu’à me documenter sur le sujet, j’étais fin prêt. Alors petit à petit, j’ai commencé à apprendre par moi-même. Je ne suis pourtant pas le plus autodidacte, mais avec la situation de confinement, c’était ça ou bien rien pantoute. En l’espace de peu de temps, j’ai réussi à créer mes propres pains à hamburgers, pains à sandwich portugais, pain aux raisins, etc. Ça fait d’ailleurs plus d’un an que je n’ai pas acheté, ni consommé, de pain commercial.


Et maintenant... le levain

Une autre mode a aussi apparu en début de pandémie en lien avec le pain maison, le levain maison! Un de mes frères n’arrêtait pas de me vanter les vertus du pain à base de levain. Mais ça me semblait tellement compliqué et demandait beaucoup d’entretien qu’avant de me lancer dans cette aventure, j’avais également besoin de bien me renseigner…

Après quelques semaines et plusieurs recherches, j’ai finalement récolté suffisamment d’informations afin de me faire un levain maison. Pour ceux qui ignorent ce qu’est du levain, le levain, comme la levure est un écosystème microbien qui permet la fermentation de la farine. Bref cette fermentation permet de dégager du CO2 (qui crée les alvéoles dans le pain) ce qui permet à la pâte de lever et au pain de se créer et ça remplace la levure chimique. C’est aussi supposé donner un pain beaucoup plus digeste. Je n’ai pas d’étude sur le sujet, mais dans mon cas, j’ai constaté la différence de mon propre chef.

C’est d’ailleurs dû au manque de levure chimique que beaucoup de gens se sont tourné vers le levain maison. D’ordinaire, un levain peux se faire uniquement à base de farine et d’eau, mélange qui se doit de fermenter. Mais pour ma part, comme j’ai tendance à rendre les choses un peu plus complexes, j’ai décidé de me faire un levain à base de pomme et de miel qui est plus classique à la boulangerie française.

Muni d’une pomme et de miel j’ai suivi les instructions et démarré mon premier levain! Eau chaude, pomme, miel! Yé! Selon ce que j’ai lu les pommes devraient, en temps normal, avoir fermentées après plus ou moins 48 heures. C’est d’ailleurs ce jus de fermentation qui, une fois mélangé avec de la farine, donne naissance au levain! Par la suite, vous devez nourrir votre levain (c’est vivant et ça mange), avec de la farine et de l’eau pour lui permettre de rester en santé. C’est comme entretenir une culture de bactéries chez-soi.

Après 48 heures, voyant que les morceaux de pommes ne semblaient pas avoir fermentés, j’ai pris panique et au lieu d’être patient je me suis essayé de démarrer mon levain avec de la farine malgré tout. Résultat plus que décevant… Mon levain n’a pas fonctionné! J’étais déçu et découragé. Comme j’ai une tendance à espérer que tout réussisse du premier coup et bien lorsque ça ne fonctionne pas, j’abandonne un peu trop facilement parfois!

Ça m’a pris des semaines avant de me redécider à faire un autre essai. Mais pendant ce temps, j’ai continué à faire divers types de pain et améliorer ma technique. Contrairement à ma façon de penser générale, j’ai finalement décidé que j’avais bien le droit d’avoir manqué mon coup et qu’était venu le moment de me réessayer une autre fois : levain prise deux!

Me revoici devant ma pomme coupée en quartier, plongée dans l’eau chaude avec du miel! Bon cette fois-ci, ça devrait fonctionner, je le sens! 48… 56… 72 heures… naaaah rien à faire, mes pommes ne veulent juste pas fermenter! Assurément, il y a quelques choses que je ne fais pas comme il faut ou que je fais de trop… Je décide d’en jaser avec un boulanger que je connais et il me lance la phrase suivante :

  • Calme-toé, tes pommes vont ben finir par pourrir un jour ou l’autre!

Hey bien croyez-le ou non, j’ai décidé de lâcher prise (pas abandonner, lâcher prise…) J’ai placé le mélange de pomme et miel sur le comptoir et j’ai décidé de laisser la vie s’en charger. Je revenais y jeter un œil chaque jour. En me disant que le temps ferait son œuvre tôt ou tard! Roulement de tambours… ça aura pris 11 jours afin d’arriver au résultat qui me sert encore aujourd’hui! Un levain super efficace que je nourris et rafraîchis depuis plus de six mois maintenant et qui me donne des pains extraordinaires! Geneviève (mon levain) est née le 1er mars 2021! En passant, c’est une tradition française que de nommer son levain avec un prénom féminin.

Je ne me suis même pas posé la question pourquoi cette tradition existait. J’ai juste choisi de lui donner un prénom puisque c’est comme pour moi un être vivant et je voulais également respecter la tradition. Je l’ai choisi en l’honneur de quelqu’un d’hyper important depuis des années (comme ma deuxième mère). Et comme je le considère comme quelque chose de vivant, je traite mon levain avec respect!

Cette expérience m’a fait réaliser que trop souvent dans ma vie, j’ai voulu accélérer les choses. Récupérer plus vite que mon corps ne le voulait. Allez plus vite que la vie, allez plus vite que le temps et indirectement, vouloir tout contrôler… Je crois que c’était ma façon de tenter de me soustraire à ma souffrance, ma torpeur et chassé ma fragilité, car avoir l’illusion d’avoir le contrôle, amène une certaine sécurité selon moi.


Lorsque le levain enseigne

Mon levain m’a enseigné une leçon importante de la vie : vouloir allez plus vite que la vie ne sert à rien, le temps doit faire son œuvre. Ce n’est pas pour rien que l’expression « Le temps arrange les choses » est employée si souvent. Respirer et prendre un pas de recul est très souvent une excellente chose à faire. Mais on vit dans un monde où tout est quasi instantané! Tout va vite et ça prend tout, tout de suite ou pour la veille! Alors moi ça me prenait un levain qui respecte exactement ce que les gens disaient c’est-à-dire 48 heures, pas plus. La vie m’a enseigné toute une leçon sans même lui demander!

Comme le titre de l’épisode le mentionne, mon expérience de levain m’a enseigné une partie de ce que je crois être de la Résilience ainsi qu’une part plus qu’importante de la Résilience, c’est-à-dire le lâcher prise. J’aimerais apporter la précision suivante : il ne faut pas confondre le lâcher prise avec abandonner ou laissez aller… La ligne qui les sépare a beau être mince, ça n’a rien en commun. Lâcher prise pour moi, c’est accepter qu’une situation prenne la tournure qu’elle prendra en temps et lieu. Tout comme dans l’histoire de ma pomme et la fermentation. Je n’ai pas abandonné le projet, j’ai simplement laissé le temps agir sans vouloir contrôler l’issue. D’ailleurs dans cet exemple précis, le résultat en est plus que concluant.


La Résilience

Maintenant si on parlait de Résilience? C’est un terme très largement galvaudé et trop légèrement utilisé, selon ma perception… mais c’est quoi ça la résilience? Que représente la Résilience pour moi? Après avoir traversé des épreuves importantes plus d’une fois, m’être retrouvé au tapis 100 fois et avoir trouvé la force (insoupçonnée) de m’être relevé à chaque fois. Après m’être fait annoncer que mon espérance de vie n’était pas très élevée et que je devais m’attendre à ce que ma santé se détériore. Après avoir autant souffert et autant bûcher pour avancer dans la vie, c’est quoi la Résilience?

Juste comme ça, en passant, il m’arrive encore de souffrir et de me décourager, d’avoir l’impression que cette souffrance n’aura pas de fin et que ma situation va continuer à se dégrader. Lorsque la douleur se pointe le nez, il est facile de vouloir abandonner. Car la douleur a cette vilaine manie de déclencher une cascade de souvenirs et d’émotions qui peut être liée à des chocs traumatisants. C’est d’ailleurs dans ces moments-là que la résilience prend tout son sens. Lorsque tout va bien dans votre vie et que vous vous dites résilient, ce n’est peut-être pas le terme le plus approprié…

Pour moi la Résilience se compose de trois éléments essentiels. C’est en fait beaucoup plus que ça, mais c’est ma façon de résumer ma vision de la chose. Tout d’abord, la Résilience part d’une soif de vouloir améliorer son sort, de vouloir aller mieux ainsi que de vouloir s’aider. Pour être résilient, il faut vouloir continuer d’avancer malgré l’adversité, d’évoluer malgré le doute, l’inconnu et la souffrance afin de vivre du mieux que l’on peut, tant qu’on peut. Et je parle par expérience. En décembre 2020 lorsque je me suis retrouvé aux soins intensifs cardiaques, j’ai tellement eu peur d’y passer que ça m’a fait réaliser à quel point je voulais encore vivre! Malgré ma condition complexe et les douleurs cinglantes, il devenait très clair dans ma tête que je ferais tout en mon pouvoir et que je mettrais tout en œuvre afin de m’aider à continuer!

Ensuite, ça prend une bonne dose d’acceptation. Accepter qu’on ne contrôle pas les choses, accepter que la vie ne soit pas toujours ce que l’on souhaite. Accepter n’est pas chose évidente. D’ailleurs, est-ce qu’on accepte à 100% ce qui nous arrive? Je vais être honnête avec vous, j’en doute. Est-ce qu’avec tout ce que je traverse, j’accepte au complet ce qui arrive? La réponse honnête et intègre est tout simplement : non. Il y a une partie de moi qui est encore enragé, découragé, triste, etc. La seule différence c’est que maintenant je m’efforce d’accepter cette partie, cette noirceur qui m’habite et je fais tout en mon pouvoir pour prendre le dessus et déplacer mon focus sur ce dont je suis capable et que j’ai le goût d’accomplir. D’ailleurs, choisir de vous partager mon vécu m’a demandé beaucoup d’acceptation. Car ce genre de projet demande énormément de temps, d’investissement de soi ainsi que d’humilité et lorsque je suis malade, je n’ai pas la tête à créer disons-le!

Et finalement, l’adaptation. Tenir compte des conditions de vies qui nous sont présentées soit par la maladie, les épreuves ou la vie en général. Vous êtes-vous déjà fait une blessure mineure du type entorse de cheville ou autre? Si tel est le cas, vous êtes à même de comprendre ce que s’adapter veut dire. Ça ne prend pas un grand déséquilibre pour se retrouver en situation invalidante! Si je regarde mon chemin parcouru depuis le début de la pandémie, j’ai de la difficulté à y croire moi-même : j’ai modifié drastiquement mon mode de vie, mon alimentation ainsi que ma vision de la vie en général; J’ai appris à jouer du piano comme si ça ma vie en dépendait, appris à cuisiner comme je n’avais jamais osé et j’ai également pris du temps pour moi. Tout ça dans le but de me faire plaisir et de m’aider à foncer et j’ajouterais que tout ce chemin s’est fait à travers les douleurs, la souffrance, l’adversité et l’inconnu.


Orgueil...

Petite parenthèse : cette crise m’a fait comprendre à quel point je m’étais empêché de cuisiner beaucoup de plats tout simplement parce que je ne savais pas comment apprêter certains aliments. J’étais trop orgueilleux pour demander de l’information ou de l’aide. Vive l’arrivée des réseaux sociaux comme YouTube ou des moteurs de recherche comme Google, car ça facilite les recherches et l’apprentissage et ça se fait seul, chez soi. Je serais curieux de savoir combien d’entre vous se sont retrouvés dans la même situation que moi, dans votre vie quotidienne?

Bien sûr la résilience demande plus souvent qu’autrement la mise de côté de son égo et accepter de demander de l’aide. Demander de l’aide, ça peut paraitre facile, mais c’est loin de l’être. Ça nous place dans une situation de vulnérabilité et ce n’est pas toujours évident à accepter, surtout lorsqu’on a passé notre vie à s’organiser tout seul! J’ai dû littéralement me réinventer. Ne plus pouvoir aller à l’épicerie, ni même dans un dépanneur, sans craindre d’être contaminé (je vous rappelle que je suis sous traitement immunosuppresseur important). Être seul chez moi et devoir m’adapter du mieux que je peux afin de me donner le meilleur style de vie possible dans mes conditions de vie actuelles. Apprendre à accepter que ma vie personnelle, professionnelle et amoureuse, soit sens dessus dessous et ce, sans savoir si un jour ça redeviendra un peu plus normal.


Reconnaitre et accepter la souffrance

Ce n’est pas mon genre de faire la morale mais j’ai envie spontanément de vous dire ceci : il se peut fort bien que vous traversiez des moments très difficile en ce moment et que vous avez l’impression que vous n’en verrai jamais le bout! Mais pour ma part, c’est en gardant le focus sur chaque chose qui me font du bien plutôt que de faire le focus sur chaque malheur, que j’ai réussi à remonter à la surface. Oui ça prend du courage, oui ça prend de la volonté, j’en conviens, mais ça se fait… car je vous le jure, où je suis allez virer, il faisait noir en Tabarnak (désolé pour le sacre!) et je ne pensais jamais en venir à bout… Et pourtant, avec volonté et courage, j’ai réussi à ressortir du trou noir où la vie m’avait garocher. Garder espoir, car vous ne savez jamais ce que la vie vous réserve et ce, même si vous êtes convaincus du contraire.

Et la conclusion...

Le plus fascinant c’est que malgré l’ensemble des situations que j’ai dû surmonter depuis la pandémie ainsi que le confinement, je n’ai jamais été aussi occupé. Entre la cuisine, la marche, le piano, les petits projets de créations… c’est complètement fou! D’ailleurs, vous m’auriez dit ça il y a plus d’un an, je ne vous aurais pas cru. Depuis le début de la pandémie, j’ai passé au travers plus de 132lbs (60kg) de farine juste pour faire du pain… Ça vous donne une idée à quel point j’en ai fait. D’ailleurs, j’ai donné du pain plus que pas assez dans mon entourage. C’est ma façon à moi de donner au suivant et de me sentir connecter avec les gens. La Résilience m’a permis de développer des passions et de me reconnecter avec l’artiste qui était enfoui bien au fond de moi. Le simple fait de le partager propage du bonheur autour de moi et ça me permet de me sentir encore vivant et utile. Car je suis convaincu que de se trouver une mission, un objectif de vie, est une des clés vers la guérison, vers la lumière.

Alors maintenant, vous connaissez ma vision de la résilience et vous êtes à même de comprendre le titre de l’épisode. Avant de terminer, je vous pose la question suivante :

  • Et vous, que représente la résilience pour vous? Vous considérez-vous comme quelqu’un de résilient?

Ce fût un plaisir de passer ce moment avec vous, où que vous soyez, je vous souhaite une agréable journée gardez espoir et à très bientôt pour une prochaine chronique.



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